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Décryptages de l'actualité · 18 septembre 2026

400 milliards de dette à cause des retraites : d'où vient ce chiffre

Le 18 septembre, sur France Culture, le député Marc Ferracci a affirmé qu'un tiers de la dette publique accumulée depuis 2017 venait des retraites, soit 400 milliards d'euros. Ce chiffre s'inscrit dans une lecture défendue par plusieurs spécialistes, et que la Cour des comptes ne retient pas. Tout dépend de la façon de compter l'argent que l'État consacre chaque année aux retraites de ses fonctionnaires.

L’essentiel

  • Aucun compteur ne mesure ces 400 milliards quelque part. Le chiffre sort d'un calcul, et tous les spécialistes ne font pas le même.
  • Le calcul porte sur les 45 milliards que l'État verse chaque année pour la retraite de ses fonctionnaires, et sur un peu moins de 8 milliards versés à des régimes spéciaux. Ces montants ne sont contestés par personne.
  • Comptés comme la cotisation d'un employeur, ils laissent le système de retraite presque à l'équilibre. Comptés comme une aide destinée à combler un trou, ils font des retraites une large part de la dette publique.
  • La Cour des comptes retient la première lecture. Les 400 milliards relèvent de la seconde, et d'autres estimations bâties sur la même méthode vont jusqu'à 500 milliards.

18 septembre 2026

L’article

La déclaration

Marc Ferracci est économiste et député des Français établis hors de France. Interrogé sur France Culture le 18 septembre 2026 à propos de la dette publique, il a expliqué que depuis 2017 l'État a dû combler chaque année le déséquilibre des régimes de retraite de la fonction publique. Selon lui, sur les quelque 1 200 milliards d'euros de dette accumulés depuis cette date, 400 milliards viennent de là.

L'ordre de grandeur de la dette est juste. Selon l'Insee, la dette publique atteignait 2 147 milliards d'euros fin 2016 et 3 536 milliards fin mars 2026, soit près de 1 400 milliards de plus.

Ce que l'État verse chaque année

Pour la retraite de ses fonctionnaires, l'État verse environ 45 milliards d'euros par an, en tant qu'employeur. Il verse en plus un peu moins de 8 milliards pour équilibrer dix-sept régimes spéciaux, ceux de certaines entreprises publiques et de certaines professions. Ces montants sont publics, et personne ne les conteste.

Le cœur du désaccord

Cotisation ou subvention

Le désaccord ne porte pas sur les sommes, mais sur ce qu'elles représentent.

Pour la Cour des comptes et le Conseil d'orientation des retraites, cet argent est ce que l'État paie comme employeur, de la même façon qu'une entreprise cotise pour ses salariés. C'est donc une recette normale du système de retraite. Vu ainsi, le système est presque à l'équilibre : il dégageait un excédent de 8,5 milliards en 2023, et la Cour prévoit un déficit de 6,6 milliards en 2025.

D'autres jugent que l'État paie bien plus qu'un employeur privé ne le ferait. C'est notamment la position de Jean-Pascal Beaufret, ancien inspecteur des finances, dans une note présentée au Conseil d'orientation des retraites en 2023. Pour lui, tout ce qui dépasse une cotisation ordinaire n'est pas une cotisation, mais une aide pour boucher un trou. Cette aide est payée par l'impôt et, faute de recettes suffisantes, par l'emprunt. Vu ainsi, il manquait 68 milliards d'euros au système de retraite en 2022.

La somme est la même, mais elle porte deux noms et donne deux résultats.

La Cour des comptes a fait elle-même le calcul. Si l'État cotisait au même taux qu'un employeur privé, il aurait versé 35 milliards de moins en 2023. Elle juge pourtant cette comparaison trompeuse, pour deux raisons. D'abord, les primes des fonctionnaires, soit environ un cinquième de leur rémunération, ne supportent presque pas de cotisation retraite : le taux s'applique donc sur une base plus étroite. Ensuite, le régime compte à peu près un cotisant par retraité, contre un et demi dans le privé. Le jour de la remise du rapport, le 20 février 2025, son premier président, Pierre Moscovici, a résumé la position de la Cour : « Il n'existe aucun déficit caché », il existe « deux comptabilités différentes ».

Trois chiffres

Ils ne mesurent pas la même chose

38 milliards : la dette que les retraites ont laissée à la Sécurité sociale

Quand la Sécurité sociale accumule des déficits, elle ne les garde pas indéfiniment dans ses comptes. Depuis 1996, ils sont transférés à un organisme créé pour les rembourser, la Caisse d'amortissement de la dette sociale. Elle se finance par un prélèvement de 0,5 % appelé CRDS et par une part de la CSG, prélevés sur les salaires comme sur les pensions. Fin 2023, il lui restait 145 milliards à rembourser, dont environ 38 milliards venaient des déficits passés des retraites. Cette dette coûte 5,5 milliards par an en remboursements, dont 0,7 milliard d'intérêts. Autrement dit, une petite part de chaque fiche de paie et de chaque pension sert aujourd'hui à éponger les déficits passés des retraites, jusqu'à l'extinction de cette caisse, prévue au début des années 2030. Ce chiffre ne dépend d'aucun choix de méthode : c'est une dette réelle, en cours de remboursement.

400 milliards : le chiffre avancé par Marc Ferracci

Il porte sur la dette de l'ensemble des administrations publiques, et il repose sur la seconde façon de compter : l'argent versé par l'État au-delà d'une cotisation ordinaire est compté comme un déficit, année après année depuis 2017. D'autres estimations fondées sur la même méthode vont plus loin, comme la suivante.

Environ 500 milliards : l'estimation attribuée à Jean-Pascal Beaufret

Selon un article qui rapporte son audition devant une commission d'enquête parlementaire, près de la moitié des quelque 1 000 milliards de dette publique accumulés entre 2016 et 2024 viendraient des retraites. Cette dette est celle de l'ensemble des administrations : l'État, la Sécurité sociale et les collectivités locales. Elle se paie de deux façons : en intérêts chaque année, et en marges de manœuvre en moins pour tout le reste. L'enjeu du désaccord est là. Si cette lecture est juste, les retraites sont la première cause de la dette, et toute réduction durable de la dette passe par elles. Si la lecture de la Cour est juste, la dette vient d'abord d'ailleurs, et le problème des retraites est surtout devant nous.

Le deuxième et le troisième chiffre reposent sur la même façon de compter, celle que la Cour des comptes ne retient pas. Le premier ne dépend d'aucune méthode. Trancher entre les deux lectures est une question politique, et ce n'est pas l'objet de ce décryptage.

Ce qui fait consensus

Quelle que soit la façon de compter, la Cour des comptes prévoit un déficit croissant : environ 15 milliards d'euros par an en 2035, et 30 milliards en 2045. C'est pour cela que les retraités sont sollicités à chaque budget, comme en 2027.

Ce qui est sur la table pour les retraités dans le budget 2027 →

Sources

Les documents cités

Ce décryptage est une analyse générale, arrêtée à la date indiquée. Il éclaire les règles communes. Une situation particulière appelle un examen individuel.

Le premier geste

Ce que chacun peut faire

Ces règles collectives se décident sans les retraités. Le montant de départ de sa propre retraite, lui, se vérifie sur le relevé de carrière, consultable gratuitement sur info-retraite.fr. Et c'est avant le départ que c'est le plus simple.

Les caisses de retraite restent seules compétentes pour fixer le montant d'une pension. Vérifier un relevé permet de contrôler ses droits pièce par pièce et de disposer des éléments pour agir.

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