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Décryptages de l'actualité · 14 septembre 2026

Une pension sur neuf nouvellement attribuée comporte une erreur : ce que dit exactement la Cour des comptes

Le chiffre a beaucoup circulé depuis mai 2026, souvent mal employé. Il mérite d'être lu pour ce qu'il est : un indicateur précis, borné, et instructif sur l'endroit exact où se logent les erreurs.

L’essentiel

  • Une pension sur neuf nouvellement attribuée comporte au moins une erreur qui change son montant. Le chiffre vaut pour les pensions qui viennent d'être liquidées, pas pour l'ensemble de celles qui sont versées.
  • Plus de la moitié de ces erreurs ne viennent pas du calcul de la caisse, mais de la carrière elle-même : une période absente, un employeur qui n'a rien déclaré, des trimestres jamais reportés.
  • Elles jouent le plus souvent contre l'assuré, qui touche alors moins que ce à quoi il a droit, et pendant vingt à vingt-cinq ans.
  • Elles se corrigent sur pièces. Avant la liquidation, c'est un dossier. Après, c'est une révision.

14 septembre 2026

L’article

Le chiffre

Le 13 mai 2026, la Cour des comptes a publié son rapport de certification des comptes du régime général pour l'exercice 2025. Elle y mesure, par sondage sur les dossiers liquidés et après passage du contrôle interne des caisses, la part des prestations de retraite nouvellement attribuées qui comportent au moins une erreur de portée financière.

Pour 2025, ce taux s'établit à 11,1 %, avec un intervalle de confiance de 10,5 % à 11,7 %. Rapporté aux 956 280 prestations attribuées dans l'année, cela représente de l'ordre de 106 000 pensions concernées. Une sur neuf.

Le rapport comporte deux éléments moins repris. Le taux de détection par le contrôle interne recule, de 59,7 % en 2024 à 55,9 % en 2025 : près d'une erreur sur deux échappe désormais aux contrôles de la branche. Et la Cour certifie les comptes avec réserves.

Ce que le chiffre ne dit pas

Deux indicateurs distincts, souvent confondus

La Cour publie deux mesures qui ne portent pas sur la même chose. Les confondre est l'erreur la plus répandue dans la communication de ce secteur, et elle est repérable par n'importe quel interlocuteur averti.

  • La fréquenceLa part des pensions nouvellement attribuées comportant au moins une erreur de portée financière. C'est le 11,1 %, soit une sur neuf.
  • L'incidenceLe rapport entre le montant des erreurs et le montant des prestations liquidées. Il s'établit à 1,08 % pour 2025. Une pension sur neuf nouvellement attribuée comporte une erreur. Rapporté à la masse liquidée, l'écart se compte en fractions de point.

Même prudence sur le montant de 1,1 milliard d'euros associé à l'exercice 2025 : c'est une estimation du cumul sur toute la durée de versement des pensions attribuées cette année-là, et non un montant annuel. Rapportée à l'année, elle est de l'ordre de 45 à 55 millions d'euros. C'est une incidence, dans les deux sens, et non un manque à gagner net pour les retraités.

On lit parfois un gain moyen par dossier, obtenu en divisant l'incidence par le nombre d'erreurs. Le calcul est arithmétiquement exact et pratiquement trompeur, parce que la distribution est très asymétrique : un trimestre non reporté pèse quelques centaines d'euros par an, trois années d'expatriation absentes du compte en pèsent plusieurs milliers. La moyenne ne décrit aucun cas réel. Ce qui compte n'est pas la moyenne, c'est le profil de la carrière.

La trajectoire

Le fait nouveau n'est pas le niveau, c'est le sens

Le taux de 2025 reste inférieur à celui du début de la décennie. Ce qui fait l'actualité du rapport, c'est l'inversion de tendance : après plusieurs années d'amélioration, les deux indicateurs se dégradent en même temps.

  • 2021Environ une nouvelle retraite sur sept.
  • 2022Stable, une sur sept.
  • 202312,4 %, pour 885 000 attributions.
  • 202410,5 %, incidence financière à 0,99 %.
  • 202511,1 %, incidence à 1,08 %, détection interne en recul.

La convention d'objectifs et de gestion de la CNAV pour 2023-2027 fixait une cible d'incidence de 0,65 % en 2027. À 1,08 % en 2025, la trajectoire n'y conduit pas.

L'origine des erreurs

Elles ne sont pas dans le calcul, elles sont dans la carrière

C'est le point le plus utile du rapport, et le moins commenté : plus de la moitié des erreurs définitives proviennent de données de carrière absentes ou erronées. Un trimestre non reporté, une période de chômage jamais transmise, un employeur disparu il y a trente ans, un régime oublié dans un parcours qui en a compté plusieurs.

La conséquence est directe. Une erreur de calcul se discute. Une donnée manquante se prouve. L'essentiel de ces erreurs se corrige sur pièces, à condition d'avoir les pièces.

Cela explique aussi pourquoi les erreurs jouent, selon la Cour, le plus souvent au détriment de l'assuré. Le système liquide sur les données présentes dans le compte carrière : une période absente fait en général perdre des trimestres ou des points, donc de la pension. L'effet peut plus rarement jouer dans l'autre sens, par exemple lorsqu'une année de faible salaire manque dans une carrière courte au régime général.

La règle du jeu n'est pas symétrique non plus. Quand l'erreur est au détriment de l'assuré, c'est à lui de la découvrir, de l'établir et d'en demander la correction. Quand elle est en sa faveur, la caisse dispose d'une action en répétition de l'indu, encadrée par l'article L. 355-3 du code de la sécurité sociale.

Les limites de la mesure

Ce que la Cour ne mesure pas

La Cour indique elle-même que son échantillon exclut certains droits des travailleurs indépendants et les caisses d'outre-mer, et que les erreurs ne sont pas mesurées avec la même précision pour les non-salariés que pour les salariés. Le taux réel est donc probablement sous-estimé. De combien, aucune source publique ne permet de le dire, et il ne faut pas inventer un chiffre pour combler ce trou.

À côté des erreurs, le rapport signale des droits simplement non liquidés : au 30 novembre 2025, 1,5 million de majorations de pensions de réversion et 0,7 million de minimums contributifs restaient à calculer. Ce ne sont pas des erreurs au sens de l'indicateur. Ce sont des sommes non versées.

Enfin, un indicateur mesuré au moment de la liquidation ne dit rien de ce qui dort dans les comptes carrière des personnes encore en activité. Il mesure ce qui sort, pas ce qui attend.

Sources

Les documents cités

Ce décryptage est une analyse générale, arrêtée à la date indiquée. Il éclaire les règles communes. Une situation particulière appelle un examen individuel.

Le premier geste

Le relevé de carrière, et le moment où on le regarde

Le relevé de carrière se consulte gratuitement sur info-retraite.fr, le portail commun des régimes de retraite, tous régimes confondus. C'est le point de départ, et il ne coûte rien.

Le moment compte davantage qu'on ne le croit. Avant la liquidation, une anomalie est un dossier à constituer : on identifie la période, on retrouve les justificatifs, on demande le report. Après, c'est une demande de révision, avec ses conditions et ses délais. Et plus on remonte le temps, plus les entreprises ont disparu et plus les preuves sont difficiles à réunir.

Que le départ soit dans deux ans ou dans quinze, la vérification se fait dans les mêmes termes. Elle est seulement plus facile tôt.

Les caisses de retraite restent seules compétentes pour fixer le montant d'une pension. Vérifier un relevé permet de contrôler ses droits pièce par pièce et de disposer des éléments pour agir.

Les deux prestations qui répondent à ce constat : le contrôle d'une pension notifiée et la reconstitution de carrière.

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